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    [Entraînement 17] Chaleur d'une nouvelle Aube






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    Volonté d'Asgard
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    ENTRAÎNEMENT 17 ♦ CHALEUR D'UNE NOUVELLE AUBE (I)

    Sous un soleil de plomb


    Assez intenses pour brûler un œil un peu trop curieux, les rayons du soleil de Desierto n’avaient pas manqué à Zina. Tout ce chemin parcouru pour finalement revenir ici, en ces terres arides qui avaient signé la fin de son épopée asgardienne...

    Contrairement au désert infini d’où s’était élevé le portail du Vent, la voie menant à la capitale s’ouvrait sur de verdoyantes oasis dont il était difficile de ne pas envier la fraîcheur.

    Paré d’un habit dégotté sur place – de manière fort peu légale – et protégé par le turban sur son crâne, Zélos et son corps d’appoint peinaient à trouver une position confortable sur le chameau accordé par ces dieux en lesquels il ne croyait pas.

    « Igni, si tu voulais bien cesser de gigotter ! Tu ne crois pas que j’ai déjà assez chaud pour qu’en plus tu viennes te coller à ma jambe... ? Comment ça tu m’emm-... ?! »

    Il serait ironique qu’un élémentaire de feu soit accablé par la lourdeur des hautes températures. Non, non, ce qui l’incommodait en revanche était la simple présence de Zélos dans le corps de Zina, que la créature avait totalement assimilé à sa maîtresse.

    La politesse ne l’étouffait plus lorsqu’il s’agissait de ce voleur d’attention !

    « Mais à quel moment de ton existence tu as appris à mimer des insultes pareilles ?! »

    Peut-être au moment où « l’homme » avait négligemment accroché sa poterie au flanc du vigoureux camélidé. Au hasard.

    Quelques heures à peine s’étaient écoulées depuis la séparation avec Liesel, à Maarfrost. Le jeune homme avait pris le chemin de sa maison à Bosco, pays autrement plus accueillant climatiquement parlant, tandis que Zina devait atteindre Neferet au plus vite. Alors certes, la dernière rencontre entre les deux magiciens et le vieux Mivard Drosin aurait pu être qualifiée de rocambolesque ; peut-être même que ce dernier refuserait d’entendre sa requête... Mais hors de question d’abandonner.

    Zina s’étiolait au fil du temps, ne sachant quelle âme accorder à son corps instable. Les risques se montraient de plus en plus palpables, le chaos régnait au cœur de cette entité erronée incapable de s’autoréguler. Zélos expérimentait depuis peu le rôle de Zina, mais il savait déjà qu’il respectait beaucoup Nina pour l’avoir supporté, car ne plus croire en la nature de soi était tout bonnement horrible. La hâte était de rigueur, sans quoi jamais ils ne retrouveraient leurs identités respectives.

    Malheureusement... Zina, Igni et le chameau allaient devoir se contenter d’un détour par la capitale. Le danger et l’impraticabilité de la route directe, ou bien l’exigüité de leur fonds empêchant l’achat d’un billet d’aéronef, leur interdisaient la voie rapide. Nul autre choix qu’atteindre Ordin, la capitale désertique, seul lieu où ils pourraient se préparer à l’abri des mille-et-un dangers tapis dans le sable ardent.

    Plus que trois jours de route.

    * * *

    Au cœur du Dôme


    Quiconque désirait entrer en Ordin devait d’abord traverser la barrière magique entourant la cité. Cinq portes y étaient apposées, semblables à autant de griffes enserrant la cité d’une étreinte possessive. Contrairement à Maarfrost, il n’y avait pas besoin de papiers d’identité pour pénétrer dans l’enceinte de la muraille invisible – seul un examen complet donné par d’impitoyables gardes garantissait le passage... ou l’expulsion dans les délais les plus brefs.

    Car avec Bellum, nul n’était trop prudent, et encore moins la capitale d’une nation ennemie.

    Comme Zina ne possédait ni l’éther de Zélos, ni celui de Nina, l’entretien fut plutôt bref. Vérification faciale, æthéromètre, et quelques questions suffirent à l’octroiement du tampon d’autorisation. Celui-ci, totalement invisible, laissait une marque temporaire sur la peau de chaque individu entrant à Ordin, quelle que soit sa nature ou son but en ces lieux. Nul autre que les pontes l’ayant mis en place ne connaissaient son motif, et à dire vrai, quiconque d’honnête n’en aurait que faire.

    Ordin était vertigineuse. Prédominait la couleur de l’or rose dont il semblait que la cité entière était parée, des murs de pierre aux tours de marbre, illuminés de lampions mordorés en cette soirée rafraîchissante. Le Dôme avait naturellement été pensé pour n’être en aucun cas soumis à l’effet de serre : le but était de protéger les habitants du désert, pas de les transformer en raviolis vapeur.
    Tandis que la jeune femme épiait les alentours avec méfiance, dans l’idée de n’adresser la parole à personne avant d’avoir pris ses marques, Igni voletait gaiement dans un environnement calorifique lui seyant à ravir, attirant les regards.

    Dans les rues, larges ou si étroites qu’on y passait à grand peine, les passants étaient nombreux mais bruyants. La nuit tombait et aucun hôtel à bas prix n’avait convaincu l’œil de Zina. Soit trop chers, soit peints couleur magouille. Il ne restait que deux solutions : dormir dans la rue ou trouver une bonne âme pour se faire accueillir.

    Malheureusement, la méfiance naturelle de Nina avait pris le dessus sur l’aise sociale de Zélos. Ce dernier ne comprenait pas pourquoi il lui était difficile d’aborder une demoiselle quelconque. Son corps n’agissait pas comme son cerveau l’aurait voulu. L’idée même d’aller demander asile à un inconnu le rebutait trop pour que ça n’en soit pas inquiétant.

    Posant sa main sur la doublure improvisée dans ses vêtements, Zina palpa le pistolet en argent donné par Galahad.

    « Ça ne peut pas être siiiiiii terrible... » abandonna la jeune femme.

    Qu’il se fût agi de Nina ou de Zélos, aucun d’entre eux n’avait jamais eu à dormir dans la rue pour de bon. Ce serait sûrement une expérience comme une autre, après tout...

    * * *

    Rendre leur regard aux passants


    Le sol était glacé.  Dur. Sale. Mais bizarrement... Bizarrement, Zina s’en accommodait. Elle ne savait plus ce qu’elle pensait, ce qu’elle croyait, ce qu’elle voulait au fond d’elle. Être seule ici, dans le froid glacial du désert nocturne – bien que le principe de solitude fût discutable –, l’autorisait à faire une pause sur tout cela. Fermer les yeux et ne plus rien voir, s’éteindre et ne plus penser à rien, le temps de trouver un brin de répit. Se reposer avec Igni endormi entre ses bras et ses cuisses recroquevillés, pour au moins ressentir la chaleur d’une vie.

    Zélos s’était réveillé, les rôles ainsi s’étaient inversés. Lorsqu’il n’était qu’une âme invisible, n’existant que par la pensée et le sentiment, il n’avait pas vécu l’entremêlement de la même manière qu’en tenant les rênes du corps indésiré.

    Ce sentiment de ne pas être soi-même. De ne pas se reconnaître au point de se demander si l’on s’était jamais connu un jour. Douter de son identité, ravaler une crise de larmes car l’on ne contrôlait plus rien tout en sachant pertinemment pourquoi il en était ainsi. Mais c’était plus fort que nous. Plus fort que la simple volonté d’indifférence qui pourtant aurait été salvatrice.

    Assis sur les dalles les plus propres qu’elle avait pu trouver, Zina reposait sa tête et son dos sur un mur. Ses yeux regardaient en direction du visage des quelques passants fréquentant cette ruelle pourtant éloignée des voies populaires. Ceux qui se rendaient à la taverne de l’autre côté, peut-être.

    En direction des toits des bâtisses, aussi. Bien qu’infinis, se superposant les uns sur les autres dans un imbroglio de fenêtres, portes et passerelles monochromes, ils pointaient tous vers un ciel dégagé, peint d’étoiles dont aucune des lumières n’était celle de la Haute-Tour d’Æternitas voguant au gré du temps.

    Ce ciel qu’elle voyait sans le regarder, ou qu’elle regardait sans le voir, comme les toits de la basse Ordin ou les visages des passants tournés vers elle, l’empêchaient de penser à sa situation. Au corps, à l’esprit, à l’éther nécrosé qui avait pris possession d’elle.
    La bulle formée autour d’elle isolait son corps et son esprit malades. Bien qu’elle entendît quelques fois le son de piécettes jetées négligemment devant elle, ses iris pointaient toujours la même direction, et le seul remerciement que ces bons quidams obtenaient était une larme autonome roulant sur la pâleur d’un visage élagué.

    « Tenez. Prenez cette couverture... »

    Quel doux son... Il rappelait à Zina le souvenir d’un jour comme un autre, à Shiero, sa ville d’adoption. Un son grave, venu d’en haut, mais doux et bienveillant. Une voix dont elle n’arrivait pas à se souvenir.

    Où l’avait-elle entendue ?

    Pourquoi frissonnait-elle ?

    Lorsque ses iris retrouvèrent un peu de leur éclat, son cerveau remit en ordre les sons, les images et les sensations physiques qu’elle ressentait grâce aux paroles de cet homme.

    Chaque battement de son cœur lui donnait une nouvelle information.

    L’étincelle de Nina s’éteignit sur la volonté d’appeler un nom. Mais qui n’aboutit jamais.

    Elle ne voulait pas repartir... Pas maintenant... Rester encore un peu...

    L’homme se redressa, prêt à reprendre sa route. Il s’étonna pourtant qu’une poigne frêle vienne s’accrocher à ses vêtements.

    « Hmm ?
    — Regardez-moi... » supplia Zina d’une voix faible et sèche.

    Puis Nina disparut.

    Le passant décida tout de même de répondre à la supplique en détaillant le visage de Zina. Il était étrange qu’un sentiment de familiarité en émane alors qu’il ne reconnaissait pas l’empreinte magique de cette jeune femme qui, de toute manière, ne semblait pas détenir le moindre pouvoir. Pourtant, ses traits lui paraissaient familiers. La lune n’aidait pas à rendre ses idées claires.

    « Puiii... ? »

    Igni vrombit, étira son corps mou sur les cuisses de Zina et s’échappa de son étreinte en ressentant la présence de l’homme. Qui venait donc importuner sa maîtresse... ?

    « P-Pui... ? Pui !! Puiiii !!
    — Mais... Igni ?! »

    La lumière rayonnant du familier dévoila sur Zina deux yeux bleus, l’un clair et cristallin ; l’autre foncé et profond. Une longue natte défaite coulait sur son épaule, reflétant l’ardence du feu dont elle imitait la couleur.

    « Ni... Non, impossible. Nina ? Est-ce que tu es Nina ? »

    Son ton, lui aussi, s’enflamma. L’homme devenait de moins en moins calme au fur et à mesure que les piaillements d’Igni tentaient répondre à ses questions.

    « Non...
    — J’aurais dû m’en douter... (Il s’emballa) Igni, peux-tu me dire ce que tu fais là ? Où est passée Nina ? Elle et Zélos ont disparu il y a des semaines, je n’ai jamais retrouvé leur tra...
    — Je ne suis pas Nina, craqua subitement la voix tremblante de la jeune femme. Je ne suis pas Zélos non plus. (Sanglot) Maître Mugetsu... Je suis eux. (Pleurs) Tous les deux en même temps... (Étreinte) Vous n’imaginez pas depuis combien de temps j’attends de vous revoir... ! Pitié ! Pitié Maître, je n’en peux plus !
    — Que...
    — Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour Nina... expliqua Zina en profitant de l’accalmie de ses sentiments. C’est ma faute si nous sommes ainsi, et nous risquons de le rester pour toujours... »

    L’homme, non, Mugetsu, resta interdit quelques secondes, le temps de faire de l’ordre, comprendre un peu mieux. Personne ne se serait attendu à une telle rencontre. Zina ne croyait pas en Dieu, et certainement pas au Destin, pourtant les deux semblaient s’être entendus pour lui offrir cette providence.

    L’Archange rendit tout de même, comme par réflexe, l’étreinte de la jeune femme aux chagrin libéré.

    S’il voulait comprendre cette situation, il lui fallait d’abord porter cette fille sous un toit.

    * * *

    Je suis là


    Par sa taille et sa musculature, bien supérieures à celles de Zina, Mugetsu la porta jusqu’à l’hôtel le plus proche. La chambre louée n’était pas la plus rudimentaire, mais il fallait bien cela, pensait-il, pour celle qu’il considérait comme un membre de sa famille.
    Igni avait suivi le mouvement, épuisé d’avoir cherché à dompter autant d’émotions affluant en lui. La hâte, le soulagement, l’appréhension, la joie... Le petit avait confiance en l’Archange, mais quelque chose le chiffonnait. Son éther avait changé. Malheureusement, Igni était incapable de poser la question : ce serait fastidieux et le maître d’Æternitas demeurait au chevet de sa protégée... et son parasite.

    Mugetsu n’autorisa pas la nuit à fermer ses paupières, pas même pour une minute. Il n’avait pas besoin de dormir, de toute manière, et veiller lui avait permis de guetter le moindre signe de conscience de Zina. Sonnaient dix heures lorsqu’elle ouvrit ses yeux vairons pour la première fois.

    « Maître... ?
    — Je suis là, Nina.
    — ... Je vous ai dit que je n’étais pas Nina, murmura la jeune femme en un souffle tandis que sa main protégeait son visage du soleil.
    — Comment dois-je t’appeler, alors ? s’enquit Mugetsu, paré d’un sourire angélique.
    — Zina... »

    Après un petit déjeuner copieux, apporté sous quelques minutes par la femme de chambre, put commencer la narration des histoires respectives de Zina et son Maître de guilde.

    Le conte d’une femme et d’un homme, unis comme jamais ils ne l’auraient cru. Voulu, même. Maudits, corrompus, au sein d’un corps non-désiré dont ils voulaient se débarrasser mais nulle idée de comment faire.

    Puis la route d’un Archange, marchant seul sur les routes depuis un mois entier, incapable de faire appel au moindre de ses pouvoirs si puissants d’ordinaire.

    Le temps filait tant chaque histoire était longue. Depuis un mois, tant d’événements avaient eu lieu sans que nul n’ait eu connaissance des maux de l’autre... Mais leur rencontre marquait une croix sur ces tragédies. Asgard, tout Ange qu’il fût, avait un homologue en la présence de Mugetsu. Bien que fortement diminué, à tel point que son corps portait les marques de supplices récemment endurés, il n’était pas dépourvu de son essence.

    Et d’après la révolution contée par le Maître au propos du Paradis, la grandeur de son réseau, en tous sens du terme, était la clé d’or que désirait Zina pour espérer revivre.

    « C’est risqué... pensa, à voix haute, Mugetsu.
    — Je suis prête à tout ! Je saurai leur faire face si vous êtes avec moi, et je suis sûre que... Qu’ils accepteront de m’aider... Asgard était un des leurs, même si son destin n’a pas été le modèle qu’on pourrait prôner. Menez-moi à eux, Maître, car ils sont mon seul espoir. »

    Malheureusement, dans ces conditions où le magicien ne pouvait faire appel à ses pouvoirs, la seule solution pour appeler les autres Archanges était...

    * * *

    « C’est si dur... »


    « Zina, plus fort !
    — Je fais ce que je peux, enfin ! Mais c’est si dur... Je vais pas y aller avec les dents quand même !
    — Ah ! La peau est sensible ici...
    — Presque... Juste encore un peu... »

    Qu’il faisait chaud derrière cet arbre, dans une oasis éloignée, à l’abri des regards...

    « Ah, ça vient ! »

    Le fluide de vie coulait à flots alors que Mugetsu, tendu, tentait de conserver un souffle régulier.

    « ... Je peux savoir ce que vous êtes en train de faire, vous deux ? » soupira une voix féminine mais ferme.

    De nulle part sortit une femme grande, parée de longs cheveux bruns et d’une armure légère d’où dépassait une large lame d’or. Sitôt qu’elle parla, Mugetsu et Zina cessèrent de bouger, pourtant dans une position fort peu confortable et... convenable. Ils furent droits comme des i dans la seconde qui suivit la conscientisation.

    La jeune femme enserrait de toutes ses forces le bras mutilé de son Maître, lequel avait affirmé que se faire blesser était le seul moyen d’appeler à lui un ou plusieurs Archanges, selon l’intensité de la blessure.

    Il s’avéra qu’une myriade de taillades faites au moyen d’ongles, de canon de pistolet – dont les balles avaient toutes été tirées lors d’un combat acharné contre des bêtes sauvages, quelques minutes plus tôt – et de canines acérées avait réussi à appeler...

    « Haniel ! Bien le bonjour, comment vas-tu ?
    — Mieux que toi, en tout cas, scinda la femme d’un air blasé. Tu es sûr qu’il n’y a que tes pouvoirs que tu ne sais plus utiliser ?
    — Eh bien, j’admets que j’aurais préféré procéder autrement pour contacter le Ciel, mais à défaut de grives...
    — On mange des bras. Semble-t-il. Mais peu importe... Que veux-tu ? Tu t’es encore attiré des problèmes ?
    — Personnellement, pas plus que tu ne le sais déjà. C’est cette jeune femme à mes côtés qui a besoin d’aide. Malheureusement, seuls les Anges peuvent la défaire du mal qui la ronge... Laisse-moi t’expliquer.
    — Maître, d’où sortez-vous cette table de pique-nique et ce nécessaire à thé si vous ne pouvez plus utiliser vos pouvoirs ?
    — ... Eh bien en fait c’est très simple. D’abord...
    — ON ABRÈGE ! »

    by Nina

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    ENTRAÎNEMENT 17 ♦ CHALEUR D'UNE NOUVELLE AUBE (II)

    Disclaimer:
    Cette fin contient du bâclage.

    Iter Cæli


    « Le seul moyen pour toi de survivre au Paradis, Zina, est d’y pénétrer au sein d’une sphère d’air créée par le pouvoir de Tsadkiel. Tu n’es qu’une humaine, de surcroît dépourvue de toute magie si ce n’est l’éther corrompu que tu cherches à purifier. Ce sera dur pour toi, mais tu sembles résolue ; je me permets de te demander une dernière fois, pour faire bonne mesure, si tu es prête à tous les risques pour retrouver vos corps et esprits d’origine. »

    Haniel était impressionnante. Peut-être plus que Mugetsu lorsque Nina fut confrontée pour la première fois à sa nature angélique car, ici, elle ne pouvait ressentir la force de sa magie en plus de sa prestance. Le ton de sa voix devait également participer. Ferme et bienveillante, douce et inébranlable ; femme modèle.

    La maudite ne pouvait s’empêcher de l’admirer, dans son physique et ses actes, au point d’éprouver une certaine inquiétude lorsque c’était à son tour de prendre la parole.

    Alors comme ça, le seul moyen de dissiper l’impureté asgardienne qui pesait sur Nina et Zélos était de se rendre au Paradis ? En pauvre humaine qu’elle était, Zina n’aurait jamais songé avoir le droit d’y poser un pied. Et ses actes l’avaient menée à la conclusion que même sa mort l’en aurait privée.

    Igni, resté en retrait tout au long de la scène, semblait très affectueux envers Haniel, dont il grimpait sur les épaules afin de se laisser gratouiller le "menton". Peut-être appréhendait-il de retrouver l’éther de son créateur...

    « Ne perdons pas de temps, trancha Mugetsu.
    — J’ai contacté Tsaphkiel le temps que nous parlions. Si l’âme d’Asgard se trouve quelque part au Paradis, elle ne peut être ailleurs qu’à Binah.
    — Hum... Binah ? répéta Zina, légèrement perdue.
    — La séphira dont Tsaphkiel, l’Archange de la mort, est le recteur. »

    La poigne sournoise d’une ombre tapie dans le sable enserra les épaules de Zina. Son cri étouffé ne tut pas la malice d’une question sifflée à l’oreille.

    « Que puis-je pour vous ? »

    Les jambes de la rouquine flanchèrent.

    * * *

    Nulle chaleur n’était aussi froide que celle des montagnes dessinant Simchah. Nulle pression n’était aussi légère que celle exercée par ce monde étranger, dont une paroi venteuse tournant à grande vitesse ne parvenait pas à totalement isoler le corps interdit de Zina, suivant ses guides.

    Le domaine auquel son Maître était familier lui ouvrait aujou’d’hui les bras, mais pas trop. Les regards d’êtres aux ailes immaculées ne l’étaient pas forcément autant, et chaque œil posé sur sa dégaine humaine ne dégageait pas la bienveillance que l’on pouvait espérer.

    « Ne leur en veux pas, murmura Tsaphkiel sans perdre de vue l’horizon. La situation est un peu compliquée ces temps-ci. »

    Mugetsu toussota.

    « Pressons. »

    Aucun autre son ne fut émis en serpentant les chemins de pierres et de nuages de longues minutes durant. Le plus profond des montagnes de Binah, creusées par des cavités remplies d’une substance cristalline, ne donnait pas envie de parler, au risque – imaginaire – de réveiller les âmes y dormant à jamais.

    Sauf en le cas d’Asgard.

    « Nous y sommes. C’est ici que l’âme d’Asgard, ancien Ophanim, a terminé. Sa déchéance l’aura conduit à se retrouver dans ma plus lointaine rangée de cercueils. Comment dire... réfléchit l’Archange recteur. Il n’était pas prévu que l’exiler sur Terre contribuerait à faire grandir sa puissance par le biais de ses créations. Cepend- Ne t’approche pas ! »

    D’un geste ample, à la fois paternel et intransigeant, Tsaphkiel éloigna Zina de la paroi du cristal qui venait de se fissurer.

    « Ton éther corrompu rend instable le sien, à l’intérieur. Si tu t’approches sans savoir ce que tu fais – et tu ne le sais pas –, tu pourrais tout briser sans même avoir le temps de dire « melon ».
    — Melon ?
    — Non, ignora-t-il, le rituel auquel nous allons procéder nécessite bien plus de préparation que cela, et...
    — Je n’ai pas le temps ! scanda Zina, avant de plaquer les mains contre sa bouche. Je... »

    Elle était telle une enfant qui vient de se rendre compte de sa bêtise. Ses joues s’empourprèrent et, Dieu savait pourquoi, elle se serait presque mise à pleurer. Le stress. Igni était serré dans ses bras et n’osait rien dire.

    « Dix minutes. Si je donne vraiment de ma personne, tout sera prêt dans dix minutes, assura Tsaphkiel sans cacher un large sourire en coin, et ton corps ne sera effectivement pas réduit à néant par le Paradis auquel tu n’appartiens pas et duquel tu dois partir au plus vite, car tu n’y as pas ta encore place, petite.
    — Ne sois pas si brusque, Tsaphkiel... soupira Mugetsu. Enclenche plutôt le rituel, que les choses soient ce qu’elles doivent être !
    — J’ai déjà commencé. »

    Les vents dansèrent d’un coup, emportant la neige et les cheveux, les vêtements et les sels émanant du cristal effrité. La protection entourant Zina s’étendit, malléable au gré de l’Ange qui ne s’en privait pas. Le temps semblait déformé, également, mais l’entité impure était la seule à le ressentir.

    L’âme d’Asgard affluait en elle, dans son crâne comme s’il était ouvert, et elle se sentit si vieille que sa pensée s’éteignit, sa bouche se scella, son oreille se perdit et son corps s’affaissa. Dans la seconde suivante la lumière emplit ses rétines avec une intensité telle qu’un aveugle y aurait vu un miracle.

    Une voix d’homme, le néant, la nausée, plus rien.

    Anima


    « Ainsi, devant moi se trouve mon héritière. Frêle, faible, quoique suffisamment solide pour porter mon croix. Tu tiens à la vie, Nina. Assez pour que nous nous rencontrions aujourd’hui. Ne me cherche pas du regard, tu ne me verras pas. Ici, tu ne verras rien ni personne, alors ouvre ton esprit, laisse le mien s’immiscer en toi et guéris.
    » Pauvre enfant... Tu ne te doutes pas des maux qui te sont infligés. Guérir est finalement un bien grand mot duquel jamais tu ne pourras être la définition. Sois tu mourras dans le processus, soit la cicatrice que je te laisserai ne s’effacera jamais... Tu ne pouvais pas savoir dans quoi tu t’embarquais. Moi-même, je n’ai pas vu mes créations me succéder ou plutôt, je n’ai pas su les en empêcher.
    » Survis, je t’aiderai, je t’épaulerai, je serai le bras que tu pourras brandir pour empêcher mes créations de nuire encore et toujours. Je serai le glaive qui, dans ta main, pourfendra les ténèbres de mon engeance, les yeux qui te permettront de voir la corruption dont elle est victime. En dépit de toutes les cicatrices que je m’apprête à graver sur toi, accepte-moi, Nina, car autrement tu périras.
    » Je t’impose mon fardeau, pauvre enfant. Le Hvergelmir t’aura tant fait souffrir... Le moins que je puisse faire est porter avec toi le poids de mon héritage, les racines issues des graines que j’ai plantées. Je vais prendre en la moitié de mon âme la corruption qui te gangrène, avant qu’il ne soit trop tard. En échange, l’autre moitié logera en toi, remplaçant tout ce que tu as pu porter d’autre tout ce temps.
    » Revis, Nina. Survis. Ne me pardonne jamais mais...
    » Pour un temps, je te demande de m’accepter.
    » Et, à l’issue de tout cela, tu pourras enfin demeurer libre. »


    * * *

    Sur le sable chaud de Desierto, dans un monde respirable, juste au bord d’une oasis, sous un palmier où tout semblait paisible, une femme reposait.

    Dans sa main droite, une petite boule gluante, fondant délicatement entre ses doigts ouverts.

    Dans sa main gauche étaient serrés les doigts d’un homme.

    Corpeus


    « Tu as donc pris ta décision...
    — À grand peine, Maître... Mais c’est ainsi. Depuis deux jours j’y réfléchis, et je ne vois aucune autre alternative. Je ne peux soutenir plus longtemps le tournant qu’a pris le Chrysokrone, et Æetenitas ne sera plus jamais pareille à présent. Cela me fait beaucoup de mal, cependant... je dois quitter la guilde. Une nouvelle route m’attend, j’espère être digne, tout ce temps, d’avoir été... D’avoir été votre... »

    Lourds cils que ceux portant des larmes de tristesse. Lourd corps que le sien lorsqu’il ploie sous nos sentiments. Fort heureusement, deux bras étaient là pour soutenir la jeune femme.

    « Tu sais, je pense que nous avons atteint un stade où la guilde n’est plus qu’un toit commun. Membre d’Æternitas ou pas, tu resteras toujours Nina, ma protégée. Même si tu empruntes une autre voie, en tant qu’ancien Maître, en tant que membre de ta nouvelle famille, je me dois de te soutenir et je le ferai. (Il posa sa main sur son crâne, massant le sommet avec douceur.) Prends soin de toi et le temps de retrouver les rênes de ton corps. Nous resterons joignables grâce à la bague, après tout !
    — Merci, Maître, pour tout.
    — Je suis aussi source de tes peines, tu sais.
    — Et l’instigateur d’une vie comme jamais je n’en aurais imaginé. »

    Nul besoin d’un grand sac : Nina n’avait pas d’affaires. Quelques vêtements, allez, et le minimum pour manger et boire quelques temps. Un peu d’argent, aussi, mais sans plus. Renouveau total. Encore. Ainsi courait le cycle d’une vie de mage, de bonjours en adieux, de liberté totale en lourdes responsabilités.

    Direction Pergrande, dès aujourd’hui, sur les pas de tant d’autres magiciens ayant choisi de porter l’épée des mercenaires itinérants. Marcher et tuer en quête de d’un but. Mais marcher et tuer, elle savait faire. C’était le but qu’il fallait désormais atteindre.

    Après une dernière accolade, Nina attacha ses cheveux, hennés, en queue de cheval dévalant son dos dans une avalanche de boucles fluides. Dès lors que la distance la séparant de Mugetsu l’avait également dérobé à son regard, une nouvelle voix sortit de nulle part.

    « Alors on se sépare, nous aussi... »

    Zélos.

    Le grandiose et formidable Zélos, qui avait perdu tout de grandiose et formidable ces deux derniers jours, semblait aussi heureux que triste.

    Heureux de ne plus être elle, qu’elle ne soit plus lui, qu’ils existent à nouveau tous les deux mais...

    Triste que la fin d’un malheur en entraîne un autre.

    « N’avons-nous pas passé suffisamment de temps ensemble pour laisser le hasard déterminer notre prochaine rencontre ? sourit la brunette en se tournant vers Zélos.
    — J’aurais bien dit que maintenant plus que jamais j’aurais aimé être à tes côtés, que je te dois tant, mais puisque nos chemins se séparent ici, alors... Soit. En tout cas, Nina, sache que quand tu entendras les enfants de tous les pays chanter les louanges d’un héros sans peur et sans reproche, il s’agira de moi !
    — Alors je tendrai les oreilles ! Tâche de ne pas me décevoir, Wilder.
    — Puiii ! chanta Igni en giflant Zélos de son corps gélatineux.
    — Toi par contre, tu ne me manqueras pas !
    — Pui-hi-hiii ! »

    De plus longs adieux auraient été semblables à de l’autoflagellation. Une fois que leurs chemins ne risquèrent plus de se croiser de sitôt, que leurs corps furent séparés au point d’en subir des spasmes, chacun pensa à l’autre une dernière fois.

    « Nous retomberons forcément l’un sur l’autre, de toute façon. »

    by Nina

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