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    [Histoire] Lacrimosa






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    [Histoire] Lacrimosa  par Nina Andersen le Ven 11 Aoû 2017, 20:34
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    Volonté d'Asgard
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    Disclaimer :
    Présenté sous cette forme le temps que Môssieur et moi-même nous mettions d'accord et trouvions un moment pour poster chacun séparément ' w '

    Nina se réveilla, dérangée dans ses songes par un sifflement aigu. Pressant ses paupières et contractant ses muscles, elle grommela quelque peu et ouvrit finalement les yeux, éblouie par le soleil traversant la fenêtre nue. Elle ne se souvenait pas de s’être couverte, la veille… Par contre, dans sa mémoire, Zélos et Igni s’étaient endormis ici-même avant elle. Pourtant étaient-ils absents. Puis elle regarda l’heure et compris : 14h pétantes, un soleil radieux d’après-midi nouvelle. Que demander de plus ?

    « Un rendez-vous avec Mugetsu. On se lève, fainéante, allez !
    — C’était donc toi, ce son désagréable…
    — Tu as suffisamment dormi pour aujourd’hui, miss. Il est temps de remplir ton devoir ! clama Sirius théâtralement.
    — Comme si je ne l’avais pas assez fait hier… Dirk va bien ?
    — On ne peut mieux. Il n’a même pas dormi depuis que vous l’avez ramené, par contre il a fermé son atelier à double tour. Ce n’est pas la peine d’aller le voir, et puis un autre rendez-vous t’attend. Et si tu ne te dépêches pas… Je verrouille ton arrivée d’eau et tu sentiras la sueur toute la journée ! »

    La jeune femme se contenta de rouler les yeux. S’il croyait l’empêcher de prendre une douche ou un bain ainsi… Elle aurait bien aimé dire qu’il se mettait les doigts dans l’oeil, malheureusement Sirius en était dépourvu. Qu’importait.

    Elle s’apprêta et ne prit aucun détour pour se rendre dans le bureau de Mugetsu. Que pouvait-il bien lui vouloir ? Habituée à ne jamais sortir indemne d’une entrevue – telle une bombe à retardement –, elle appréhendait quelque peu mais… Bah. Son esprit était encore trop embrumé pour réfléchir alors qu’elle obtiendrait la réponse juste en passant une porte.

    « Maître, vous m’avez demandée ? » demanda Nina d’une voix forte tout en étouffant un bâillement.


    * * *

    Mugetsu releva la tête d’un document et sourit d’un air sibyllin à Nina.

    « En effet. Bonjour Nina. Bien dormi ? demanda-t-il, taquin.
    — Traître, toussa la jeune femme à l’encontre d’une entité psionique bien connue avant d’enchaîner. Oui, très bien, merci Maître !
    — Fort bien, c’est presque de l’entraînement pour ce que j’ai à te proposer ! Viens t’asseoir. »

    Elle s’exécuta et l’homme aux cheveux bleus repris, d’un ton clair :

    « Le Chrysokrone a un… projet, pour toi. Enfin… pas spécifiquement “pour toi”, mais je songe à te proposer à eux comme candidate potentielle. Celui-ci consiste en une opération chirurgicale expérimentale. Est-ce que tu as déjà, au travers de tes rencontres avec nos membres haut-placés, ne serait-ce qu’entendu, les mots “projet Lacrimosa” ?
    — Eh bien… Peut-être ? Sans dire que ce terme me semble familier, il ne sonne pas totalement étranger donc peut-être… Enfin, s’il s’agit d’un projet médical expérimental, il se peut que je me trompe. Considérez que non.
    — Bien… Alors, je ne suis pas le plus au fait de ce projet moi-même, mais en tant que responsable du Décalogue, je suis évidemment mis au courant des tenants et aboutissants des grands plans du Chrysokrone. Celui-ci en est un majeur. Je suppose que tu sais que notre organisation vise à apporter à chacun un moyen de se prémunir des dangers immuables du monde alentours, que ce soient les bêtes sauvages, les catastrophes naturelles, bref, des impondérables ne dépendant pas de la volonté humaine... »

    Après une courte pause, il reprit :

    « Le “projet Lacrimosa” est une expérience médicale visant à implanter une lacryma, par des procédés opératoires complexes, à l’intérieur d’un corps d’un humain normal pour que celui-ci soit sensibilisé à la magie et développe les méridiens magiques nécessaires à la manipulation des æthernanos. Ceci permettrait donc d’offrir la magie à tout un chacun, quelle que soit son ascendance. Follement ambitieux à mon sens, voire même présomptueux, mais c’est cela qui fait tout l’intérêt de cette expérience ! s’exclama-t-il, enjoué. Le Conseil avait déjà commencé des expérimentations avec la tristement célèbre affaire des Dragons Slayers de Seconde génération. Cependant, les lacrymas de magie Dragon Slayer sont particulièrement “faciles” à implanter du fait de leur nature particulière. Soit la greffe prend, soit la personne meurt, point final. Autant te dire qu’avec les moyens de rapt du Conseil, les morts dues à des opérations non-consenties, réalisées en condition de stress, parfois sans anesthésie, ont été légion. Je dois avoir des dossiers obtenus par Alithéia en personne concernant cette histoire… Mais précisons que les détails sont crus et peu ragoûtants… Toujours est-il que le consentement est clairement obligatoire pour notre version de l’expérience ! Et, avant de pouvoir tenter l’expérience sur une personne n’ayant jamais eu de méridiens magiques, nous devons voir si la greffe Lacrimosa serait capable de renforcer la magie d’un mage de naissance. Mais pour cela, nous avons besoin d’une personne suffisamment puissante pour résister à l’opération mais en même temps suffisamment faible pour que l’évolution puisse être vue. La Dame s’était portée volontaire au début, mais évidemment, la deuxième condition étant sine qua non, cela n’a pas été accepté et donc, il a fallu ouvrir un peu plus le secret de ce projet... Or, je pense que tu as besoin de puissance pour ce que tu entreprends avec ce Zélos. Non pas que son sort m’importe, ce qui n’est pas le cas du tien. Voilà pourquoi, Nina, cela, je te le propose aujourd’hui : voudrais-tu participer au projet Lacrimosa en tant que patient zéro ? » demanda-t-il, concluant son long monologue.


    * * *

    Nina fut surprise par l’attention que le Chrysokrone lui portait, enfin, Mugetsu en l’occurrence. Elle, sujet d’expérience ? Le premier même. C’était dangereux, se disait-elle, mais pour avoir déjà rencontré le Docteur Yalow au jour de son entrée à la guilde, elle avait senti qu’il ne s’agissait pas de n’importe quel docteur. D’autant que sa position dans le Triumvirat empêchait d’en douter.

    Alors elle pesa le pour et le contre de cette proposition incongrue. Aucun son ne sortit de sa bouche le temps d’une minute, ou deux, trois peut-être ? Les contres étaient peu nombreux mais potentiellement dangereux. En contrepartie, les avantages induits par la réussite de l’expérience seraient fabuleux ! Elle qui voulait devenir plus forte, cette expérience pouvait l’y aider.

    En y songeant d’une certaine manière, c’était peut-être de la triche ou de l’opportunisme. Obtenir un pouvoir nouveau de façon artificielle nécessitait, à bien y réfléchir, de l’entraînement, également. Histoire de s’accoutumer à cette nouvelle puissance. De s’y familiariser.

    Elle tenait quand même à s’assurer des raisons pour lesquelles elle avait été choisie au détriment de quelqu’un d’autre, un mage potentiellement plus robuste, comme Irma par exemple. La Démone était plus puissante qu’elle, mais l’écart n’était pas si important que cela.

    « Je comprends vos attentes et je suis prête à accepter de participer à ce projet. Je sais que je suis entre de bonnes mains et que vous ne m’enverriez pas au casse-pipe, Maître. Pourtant… J’avoue avoir du mal à comprendre pourquoi c’est moi que vous recommandez. Irma n’est-elle pas plus apte à se soumettre à de tels risques physiques de par sa condition ? »


    * * *

    Mugetsu souffla brièvement du nez et regarda Nina d’un air amusé.

    « Sa condition physique et magique est de toute évidence en tous points supérieure à la tienne, rit-il. Cependant, et c’est en ce sens que tu présentes pour le Chrysokrone bien plus d’intérêt qu’elle : c’est une Démone. Son corps, comme le mien, ne fonctionne pas exactement sur les mêmes mécanismes que le tien… Au sens immunitaire notamment. Si on tentait de lui implanter la lacryma expérimentale, celle-ci aurait fondu avant d’avoir rattaché les derniers éléments. Peu utile et potentiellement dangereux pour les opérateurs autres qu’Athénaïs. Car oui, si tu acceptes, c’est bien évidemment notre leader médical qui t’opèrera, avec son équipe la plus compétente, sois-en assurée. Maintenant, si tu as des doutes, je peux tout à fait te laisser le temps de la réflexion… Ce projet est angulaire dans l’esprit du Triumvirat. Autant dire que le bâcler serait erroné. Tu peux donc me dire toute la vérité que tu en penses, en bien ou en mal, je ne suis ici qu’un intermédiaire. »


    * * *

    Nina agita les mains devant son visage.

    « J’ai toujours un peu de mal à comprendre pourquoi moi, mais je vous fais confiance, Maître, vous savez ! Je suis d’accord pour être ce patient zéro. C’est un peu effrayant, certes, car je suis totalement étrangère avec ce genre d’initiatives… Mais que voulez-vous. Si je peux servir un peu mieux les intérêts du Chryso… »

    Son esprit se figea. Était-elle réellement en train de se soumettre bec et ongles à la moindre volonté de l’organisation par cette simple phrase ?

    « Enfin, je veux dire, si me prêter à la science peut me permettre de mieux servir les intérêts que je partage avec le Chrysokrone, à savoir la protection du monde contre les mages noirs ; si l’issue de cette expérience me permet de mieux les combattre, alors j’accepte. »


    * * *

    Mugetsu s’intrigua de l’arrêt dans les propos de la jeune femme… Il préféra la rassurer quant à son propre état d’esprit :

    « Je suis heureux de l’apprendre, cependant, rappelle-toi une chose : nous ne sommes au Chrysokrone que pour défendre ce que nous pensons juste. Et c’est l’ensemble de ce qui paraît juste aux différents membres qui permet de former ce que nous pouvons considérer comme étant la “Justice”. Il y a des idées de certains membres que je ne cautionnerai jamais, de même pour certains concernant mes idées. Par exemple, sache que certaines personnes se sont opposées à la création d’Æternitas sous prétexte que cela mettait en danger le Chrysokrone et surtout ses secrets. Alithéia a donné la primeur au partage des connaissances plutôt qu’à leur conservation à tout prix entre quelques neurones. Chacun reste libre de sa pensée, mais pas toujours de ses actes. Mais cela ne dépend pas initialement pas d’être membre du Chrysokrone ou non… Le monde entier établit des artifices, des codes, des lois, qui nous autorisent à les contester mais pas à ne pas les suivre pour autant, sous peine de se voir mis au ban de la société. On peut ne pas cautionner l’assassinat des mages noirs mais pour autant être forcé de reconnaître qu’il est nécessaire. Ce dernier point de vue est celui d’Archon Nyx. Je ne te rappelle pas quelle est sa position dans la hiérarchie. Je vais donc arrêter là de dégoiser mes palabres et simplement te remercier pour ta contribution. Sirius, plie les bagages de Nina, en grande quantité. Elle va en avoir besoin, le lieu où elle se rend est assez reculé. »

    Un rictus sadique traversa le visage du Maître l’espace d’un instant.

    « Aucun rôdeur n’a jamais réussi à ne serait-ce qu’effleurer cette structure. C’est l’un des lieux les plus dissimulés du Chrysokrone. Il est situé en plein coeur… de Sin. C’est Alithéia elle-même qui en a orchestré la protection. La densité de monstres alentours est largement suffisante pour décourager le quidam lambda de façon définitive. Heureusement pour toi, tu seras dans ses murs et non à l’extérieur, huhu… Ce bâtim-... cette forteresse, est le quartier général de l’unité “Apocryphe”. Les hommes et femmes qui y travaillent sont tous des humains normaux mais qui subissent quotidiennement un entraînement drastique visant à compenser leur condition primaire et à les sublimer vers la magie qu’ils ne peuvent acquérir. Je te garantis que face à trois ou quatre membres de cette unité, qui en comporte à peine une trentaine, même un excellent mage aurait du souci à se faire… Mais tu pourras les rencontrer en temps et en heure, très chère. Pour le moment, il te faut te presser vers le portail dimensionnel, car celui-ci ne restera pas ouvert bien longtemps, toujours pour la sécurité du lieu. Alors, cours, vole, et reviens-nous plus forte que jamais ! s’exalta-t-il.
    — Et surtout, meurs pas entre les mâchoires d’une vouivre, ça serait pénible ! crépita Sirius avant d’annoncer platement : portail dimensionnel ouvert, direction : Forteresse Apocrypha, durée : 10 minutes. Vos bagages vous attendent de l’autre côté du portail. Passez un agréable moment en notre compagnie. »


    * * *

    Apocryphes, alors. Ce nom à deux facettes était très étrange : secret ou faux ? Sûrement la première proposition, mais Nina s’amusa tout de même de cette ambiguïté.

    Sans plus tarder, elle trottina vers le portail dimensionnel de la guilde. Elle confia à Sirius la tâche de prévenir Dirk, Igni, Zélos et Hendrik de son départ et ses raisons. La jeune femme aurait pu le faire elle-même, mais une intuition lui disait de se presser. Le temps risquait de passer de manière étonnante.

    Puis il fit froid.

    Un hall de pierres, éclairé à la torche, l’entoura soudain. Même entre ces murs grisâtres, elle sentit directement que l’aura des lieux était diamétralement opposée à celle de la guilde. Elle ne voyait pas Sin, mais elle le ressentait…

    Face à elle, la porte d’acier s’ouvrit seule et rien n’était semblable au hall glacé, au-travers. Nina comprit qu’il fallait avancer et s’exécuta en conséquence. Des pas frappaient le sol, le bruit d’abord léger s’intensifia et deux corps se présentèrent sitôt qu’il s’arrêta.


    * * *

    Deux personnes en blouse blanche, un homme et une femme, arrivèrent aux portes blindées pour accueillir Nina dans la forteresse, aux allures bien plus modernes à l’intérieur qu’à l’extérieur. Voire un brin futuristes. L’homme sourit, presque méchamment, avant de dégainer un pistolet, de toute évidence très bien entretenu sinon neuf, et de poser :

    « Une souris perdue ? Dans les griffes du chat. »

    La femme, qui était restée un brin en retrait, avança brusquement pour frapper du revers de la main la tête du pince-sans-rire.

    « Walter ! Cesse d’effrayer notre invitée !
    — Aïe ! glapit-il faussement. Elvire… Tu sais bien que c’est ma façon d’accueillir les arrivants. Je me suis contenu, je ne lui ai pas tiré dans les pieds !
    — J’espère bien que vous vous abstiendrez dans le futur également… souffla Nina, méfiante.
    — Haha ! s’esclaffa le barbu. Je t’aime bien petite. Tout dépendra de toi et de tes velléités à me pousser à tirer.
    — Et des velléités du Docteur Yalow à t’occire si tu continues à faire l’abruti avec tes armes neuves ! cingla le brin de femme à la tablette futuriste.
    — Tssk… Athénaïs est une femme compréhensive.
    — La seule chose qu’elle comprendrait, c’est ton caractère de psychotique si on arrivait à disséquer ton cerveau.
    — Chose improbable au vu de ton manque de répartie…
    —… Gougnafier.
    — Tu t’entraînes ? ironisa-t-il
    — M’énerve. Bien ! Nina ! Aide-moi à fuir cet idiot et accompagne-moi pendant que je te fais visiter !
    — C’est mieux qu’elle t’accompagne si tu lui fais visiter, en effet, ma petite Elvire…
    — Je vais le tuer…
    — Tu peux pas.
    — À nous deux peut-être, en revanche. » posa Nina d’une voix grave sans prêter un regard au tireur.

    Un rictus et une veine saillirent sur le visage d’Elvire tant pour la remarque du dénommé Walter que pour celle de Nina… Dans un sourire exagéré, elle attrapa Nina par le bras et l’entraîna dans les couloirs.

    « À plus tard Walter ! » lança-t-elle, en forçant l’allure.

    Elle se tourna, réduisit sa tablette comme par enchantement, la rangea dans sa poche et attrapa le visage de Nina entre ses mains.

    « Toi. Si tu tiens à la vie, ne menace jamais Walter directement, fais semblant d’avoir de la répartie ou débrouille-toi pour ne pas en avoir du tout, mais abstiens-toi. C’est l’un des meilleurs membres de l’unité et on réceptionne rarement le cadavre d’une personne qu’il élimine en un seul morceau. Et je te garantis que, même avec tes pouvoirs magnétiques, tu ne t’en débarrasserais pas si facilement. Alors sois gentille, fais pas stresser Elvire, et provoque pas Walter. On sera tous contents comme ça ! Oki doki ? » demanda-t-elle, un brin maternelle, tout en relâchant le visage de la mage.


    * * *

    Nina sursauta lorsque les deux mains aux doigts fins se posèrent sur ses joues. Son premier réflexe fut de surélever les siennes pour retirer ce contact déplaisant, mais comme la jeune femme la regardait dans les yeux pour lui parler, son esprit se concentra sur ses mots plus que sur ses actes.

    Puis elle souffla du nez. Ce Walter était tel Hendrik, pour le peu qu’elle le connaissait. Non semblables, ils se ressemblaient déjà beaucoup par leur propension au sarcasme et à la désinvolture… Mais aussi particulièrement orchidoclaste au premier abord. Voilà pourquoi elle avait simplement agi comme avec son mentor. Visiblement, les humains normaux mais bien traités et bien entraînés prenaient aussi vite la grosse tête que n’importe qui. Peut-être plus ?

    Bref, elle acquiesça silencieusement la mise en garde d’Elvire. La mage savait que rien ne lui arriverait, mais elle était plus mature qu’une simple enfant voulant avoir le dernier mot. Enfin, le plus souvent.

    Les couloirs se succédèrent jusqu’à une nouvelle salle que la scientifique s’empressa de lui faire découvrir. Nina hésitait encore à lui faire savoir qu’elle n’aimait pas trop que son bras soit tenu de la sorte…


    * * *

    Elvire avançait et parlait à une vitesse pour le moins étonnante au vu de son gabarit n’excédant pas le mètre soixante. Elle fit faire à Nina le tour de la forteresse, ou en tout cas de ses principales infrastructures, en quelques minutes. Elle s’arrêta finalement devant une porte blanche, apparemment coulissante, relâcha le bras de l’auburn et dégaîna sa tablette.

    « Tadam ! Voici ta chambre ! Attends, je génère la carte qui te permettra d’aller et venir à loisir. Normalement, Sirius a tout livré à l’intérieur. Il paraît que tu as réussi à te lier d’amitié avec lui ? C’est un exploit quand on sait comment il peut être froid avec d’autres éléments… Quand il daigne leur parler » déblatéra-t-elle en pianotant sur son écran jusqu’à ce qu’une carte noir d’encre sur laquelle un “A” majuscule blanc à double-barre horizontale ne se matérialise dans un petit “pop” sonore.

    Elvire attrapa le dispositif d’un geste vif et, du même mouvement, la fit passer devant une cellule noire à côté de la porte. Le détecteur devint vert et l’entrée fut dégagée promptement, dévoilant une pièce assez vaste mais un brin austère de par sa blancheur et son absence de fenêtre.

    « Voilà ton palace. Je suis désolée, mais nos invités sont fournis en même qualité d’équipement que nos agents. Ceci est valable pour les chambres. Mais rassure-toi, tu peux la décorer selon tes goûts grâce à la lacryma génératrice d’hologrammes située juste là, dit-elle, en pointant du doigt la sphère qui semblait contenir un gaz lumineux bleu pâle qui tourbillonnait calmement à l’intérieur. J’espère que tu seras à l’aise. Je te laisse t’installer, je reviens te chercher d’ici trois heures pour que tu rencontres le Docteur Yalow, vu qu’elle n’est pas encore sur le site ! Tu peux te balader si tu veux, je peux te localiser dans le bâtiment avec ça. » finit-elle en montrant la carte puis la tablette.

    Sur ces entrefaites, elle partit d’un pas léger et vif, le claquement de ses talons s’éloignant progressivement tandis que la porte de la chambre de Nina se refermait derrière elle.


    * * *

    Sitôt laissée seule, Nina soupira. Trois heures… Elle avait bien une idée pour les passer sans grand effort mental. Mais d’abord, comme le décor totalement blanc la rendait nerveuse inutilement, elle se dirigea vers l’étrange lacryma, se demandant comment elle fonctionnait.

    La brunette posa ses mains dessus et se figura le décor de sa propre chambre, à Aeternitas. Quelques secondes de concentration lui offrirent quatre murs familiers, mais quand elle s’assit sur le lit mal placé, elle se souvint tristement du principe d’un hologramme.

    Mais son corps s’affaissa.

    « Sirius ?
    — Kwah ?
    — Tu veux passer trois heures à discuter avec moi ? Cela fait longtemps…
    — Oh une pomme !
    — D’accord, j’ai compris, se fâcha Nina. Puisque c’est comme ça, pendant trois heures, je vais penser à Hendrik. Et à toi en même temps, comme ça tu te sentiras obligé de sonder mes pensées et tu souffriras.
    — Si tu me forces trop à penser à ton tocard d’amûûûr, c’est lui qui risque, par mégarde absolue évidemment, de souffrir. Ce serait le fruit du hasard, d’une manoeuvre malencontreuse, bref, d’un impondérable. Je pourrais même dire “oups” en constatant la létale bévue.
    — Comme à l’accoutumée, la menace par la mort. Oh, sachant que les conséquences de son application seraient peut-être pire que l’acte lui-même, je pense que tu pourrais te montrer un peu plus imaginatif.
    — Ne me tente pas… Si tu veux de l’imaginatif, je peux ne pas le tuer, évidemment. Je peux voler sa psyché par exemple, et la disperser aux quatre vents. Après tout, de concombre personnel à légume vidé, son utilité n’en serait que diversifiée.
    — Excuse-moi d’avoir la capacité physique de profiter de ce “concombre personnel”. J’imagine que ta curiosité inarrêtable souffre des murs qu’elle rencontre, susurra la jeune femme.
    — Oh mais je ne doute pas de tes prouesses physiques. Cependant ma chère, veux-tu vraiment que ton tocard chéri subisse la transformation sus-évoquée ? chantonna le psion. Car il serait beaucoup moins… profitable, subitement. »

    Sirius partit d’un grand rire avant de se taire en matérialisant dans l’esprit de Nina l’image d’un Hendrik au regard vide, la bave moussante aux lèvres, tendant la main vers elle, aux trois-quarts dénudé, et râlant “Ninaaaah”.

    La jeune femme écarquilla les yeux et rejoint le rire de Sirius, mais seul le sien résonna entre les murs de la chambre.

    « Sirius… Ne fais pas une fixette sur Hendrik, je vais finir par croire que tu es tombé amoureux !
    — Je n’ai jamais aimé qu’Igni, tu le sais, Nina. » ironisa-t-il.

    Et durant trois heures, trois longues heures, les deux amis s’échangèrent des sarcasmes… parfois déconseillés aux moins de dix-huit ans.


    * * *

    Au bout desdites trois heures, Elvire revint au niveau de la chambre de Nina. Quelques sons, relativement incohérents au vu de la solitude de la jeune femme s’y trouvant, filtrèrent depuis la pièce.

    « Non ?! … Mais pourquoi ? … Et Lucifer faisait quoi là ? … Audacieux. Et avec qu-»

    La porte s’ouvrit. Nina marqua un temps d’arrêt.

    « -oi ?
    — Oh, tu veux pas savoir.
    — Mais pas toi Sirius ! s’irrita la jeune femme
    — Ah.
    — Coucou Elvire ! cria-t-elle, empourprée, dans une voix beaucoup trop aiguë.
    — Je te dérange ? s’inquiéta la femme au strict carré.
    — Non, pas du tout ! Pas. Du. Tout. rit-elle, essayant de cacher sa gêne.
    — Parfait donc. Tu viens ? Le Docteur Yalow t’attends dès à présent. »

    Elvire se retourna, pouffant silencieusement sans que Nina puisse le constater, et sortit de la pièce tandis qu’un nuage de particules bleues se formait derrière elle, dessinant un visage farceur qui tira la langue à Nina avant de disparaître aussitôt. Une langue bien réelle sortit en guise de réponse.

    Nina se leva néanmoins de son lit, réajusta sa tenue et ses cheveux promptement, et emboîta le pas à Elvire. Le Docteur Yalow avait beau être “compréhensive” comme l’avait dit Walter, elle n’était pas non plus du genre des personnes dont on peut abuser allègrement de la patience et du temps.

    Ainsi donc, les deux jeunes femmes se retrouvèrent devant un ascenseur, lequel s’ouvrit sans protestation à leur approche. Une voix électronique s’éleva :

    « Quel étage ?
    — Quatrième sous-sol, demanda Elvire.
    — Étage sécurisé, mise en relation avec l’entité de surveillance.
    — Présentez-moi votre badge d’accès, demanda… Sirius.
    — Le voici, montra la scientifique.
    — Merci. Bonne journée. Descente autorisée. Athénaïs Yalow est prévenue de votre arrivée imminente. »

    L’ascenseur s’ébranla et, une poignée de secondes plus tard, s’immobilisa avant de dévoiler le bureau de la numéro 3 du Chrysokrone : Athénaïs Yalow.

    Celle-ci, à la blouse immaculée et au visage marqué par les années, plus proche néanmoins des cinquante que des soixante ans, sourit amicalement à Nina tout en hochant la tête lorsqu’Elvire fit un pas en arrière pour reprendre l’ascenseur.

    « Reste, mon amie. Reste, exigea-t-elle d’un ton calme et simple. Presque sécurisant.
    — Comme vous souhaitez, Docteur.
    — Fi du protocole, pour une fois, ça me changera. Nina ! Ma chère ! Mugetsu m’a envoyé ton dossier et je dois dire que l’un comme l’autre se sont montrés convaincants. » s’exclama-t-elle en se levant de son fauteuil de cuir noir afin de venir à la rencontre de la mage.


    * * *

    Pas bien effrayée par la femme, laquelle possédait plus une aura d’attention que d’intimidation, Nina s’approcha pour la seconde fois du Docteur Yalow. Elle la salua avec le sourire, respectueusement, sans paraître trop guindée et soumise à un quelconque “protocole” justement.

    « Je suis ravie de l’apprendre et j’espère ne pas vous décevoir.
    — Ce serait peu probable. Tu seras anesthésiée, d’ailleurs, ne t’en fais pas ! Je préfère te prévenir, bien que je le fasse aussi par devoir.
    — Je n’ai pas pour projet de refuser les traitements qui m’attendent car j’ai confiance en vos talents. Je sais que je ne finirais pas mutilée, le crâne transpercé par vis et boulons pour qu’il tienne debout. » plaisanta la jeune femme comme elle le pouvait.


    * * *

    Athénaïs leva un sourcil… Avant de rire aux éclats.

    « Il ne t’a rien expliqué de l’opération, n’est-ce pas ?
    — Pas vraiment en effet… répondit Nina, sans relever le fait que ses propos tenaient de la plaisanterie.
    — Hou hou… Ceci explique cela… Ta tête restera bien tranquille. Ce que nous devrons ouvrir, c’est ton ventre, fit la médecin, en frôlant du doigt verticalement le milieu de l’abdomen de Nina. Tout le long. C’est courant, même chez les médecins normaux. Toujours est-il que cette opération sera tout sauf normale. Il va donc falloir que je te présente rapidement, et en termes compréhensibles, ce qu’il va se passer.
    — Je vous remercie pour cela, Docteur, salua Nina en réprimant un frisson au mouvement du doigt sur son ventre.
    — Bien, alors je tiens tout d’abord, en préambule, à m’excuser pour les éventuels “mouvements psychologiques” que mes explications pourraient générer dans ta tête. Ne fais pas trop travailler ton imagination, dis-toi juste que tu ne sentiras rien. Ceci étant dit, nous allons donc ouvrir ton abdomen de bout en bout afin de procéder à ce qui s’appelle une “laparotomie”. Une fois le mot et le geste effectués, nous devrons inciser une partie de ton diaphragme pour nous retrouver au niveau du bas de ton thorax où se trouvent ton coeur, tes poumons et le tissu magique principal : l’origine des méridiens. Ce tissu est très fin et assez étendu mais une lésion pourrait te coûter ta puissance magique, autant dire que le but n’est pas d’y toucher, rassura-t-elle immédiatement. Une fois cet accès ménagé, nous placerons le prototype Lacrimosa au coeur de ton abdomen, niché dans les lacets de ton intestin grêle, et relierons ses différents éléments là où ils doivent être rattachés. L’étape délicate consistant à rattacher le circuit organo-magique principal au tissu magique du thorax. Si cette étape se passe correctement, étant la dernière, nous pourrons refermer tout cela, tu auras une formidable cicatrice pendant trois semaines, que nous résorberons avec des produits accélérant la régénération cutanée – sinon elle resterait à vie – et, au bout d’environ trois mois, la lacryma et ses composants auront été totalement métabolisés par ton corps et ne seront plus qu’un nouveau réservoir magique totalement organique et de nouveaux méridiens ! Ce qui serait une première dans toutes les greffes de lacrymas et ferait de toi “la femme qui valait 8 milliards de joyaux”. Ce qui n’est que le coût du prototype lui-même, pas de la recherche derrière. Merci à nos mécènes, lança-t-elle. Est-ce que tu penses avoir tout compris ? Quelque chose t’effraie-t-il ? »

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    Re: [Histoire] Lacrimosa  par Nina Andersen le Ven 11 Aoû 2017, 20:38
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    Volonté d'Asgard
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    * * *

    Bien que ce prix eût été présenté comme un honneur, Nina se demandait s’il était vraiment satisfaisant de voir sa valeur limitée à celle de joyaux, même au nombre 8 milliards. Elle ne releva pas ce détail néanmoins.

    Son coeur était trop occupé à se serrer et son ventre à se tordre de contractions saccadés à l’évocation de ce qui l’attendait. Sachant qu’il lui était impossible de reculer, dorénavant, Nina tenta de ne plus prêter attention aux sentiments de son corps. Pourtant, elle resta honnête en répondant au Docteur Yalow.

    « À vrai dire, tout m’effraie un peu. Mais peu importe, je suis prête à commencer n’importe quand. »


    * * *

    Athénaïs eut un sourire bienveillant :

    « Il est normal d’être effrayé par une opération chirurgicale, quelle qu’elle soit, Nina. Mais tu fais preuve d’un rare courage, ne serait-ce que pour avoir suivi la proposition de Mugetsu. Rares ont été les candidatures, encore plus les convaincantes, larmoya-t-elle à moitié théâtralement, avant de reprendre son sérieux. Enfin bon, avant toute chose, il me reste quelques menus détails à régler. Tout d’abord, te concernant ! Quelle magie voudrais-tu obtenir au travers de cette greffe ?
    — Je peux choisir ? Eh bien, en ce cas… J’ai acquis il y a peu une nouvelle magie, celle de l’électricité, ainsi je ne vois aucun intérêt à apprendre quelque chose de différent et ainsi me rajouter une charge de travail potentiellement inutile. Et qui porterait, par ailleurs, préjudice à ma magie principale. Du coup… J’espère que je n’en demande pas trop, mais me rendre plus apte à manier la foudre serait-il possible ? »

    La question flotta quelques instants dans les airs, tandis qu’Elvire tapotait nerveusement sur sa tablette et que l’ongle du pouce d’Athénaïs se brisait entre ses dents blanches…

    « Bon. Ce n’est pas un problème en soit, évidemment. Cependant, disons qu’il nous faut un concentré de la magie que tu voudras… Et nous sommes à Sin. Un endroit peuplé de bêtes sauvages dont la plupart maîtrisent des magies. La foudre est cependant rare, mais pas indisponible. Disons juste que… ça va faire du vilain. Elvire !
    — Oui, Madame ?
    — Envoyez les agents A-1 et A-2 à la recherche d’une Reine Vouivre. Sur le champ.
    — Oui Madame. Souhaitez-vous les accompagner ?
    — Je pense que o-
    — Non. Athénaïs, tu as bien mieux à faire. Préparer avec moi le plan de l’opération par exemple. », déclama une voix assez éraillée, sans doute par l’âge, alors que sa propriétaire sortait de l’ombre par une porte dérobée.

    Athénaïs se retourna vers la femme âgée et s’inclina, à la surprise de Nina, de quelques degrés devant elle.

    « Certes, mais une Reine Vouivre n’est pas une mince affaire.
    — J’ai toute confiance en l’agent A-1 pour accomplir cette mission. Quand à l’agent A-2, il a beau être un peu… turbulent, il n’en reste pas moins compétent. »

    Son regard se porta alors sur Nina, qu’elle sembla disséquer intégralement d’un haussement de sourcils.

    « Alors voilà donc notre magnifique patiente. Tu es superbe, jeune femme, fit-elle, élogieuse.
    — A-Ah, euh… Merci madame, hésita l’intéressée, confuse et flattée à la fois.
    — Nina, reprit Athénaïs, je te présente la Professeur Anthéa Thornveil. C’est elle qui est à l’origine première du projet Lacrimosa. Elle travaillait au Conseil mais a abandonné les siens au profit du Chrysokrone lorsqu’elle s’est rendue compte que ses travaux ne servaient ni la chirurgie ni la magie, mais la boucherie.
    — Et profitaient surtout à un ramassis d’abrutis incompétents. Surtout cette vieille toupie de Vilitria. Quand je pense qu’Alithéia l’a élevée si haut dans la hiérarchie. Vingt ans pour se rendre compte de son potentiel de nuisible. Une hérésie, siffla-t-elle. Heureusement que j’ai eu une élève bien plus compétente que mes collègues. » sourit-elle à l’égard Athénaïs.

    Anthéa ouvrit son énorme sac à main pour en sortir un cristal bleuté gros comme un poing. Elle exigea auprès de lui l’apparition de trois chaises et d’une table basse. Le cristal s’exécuta immédiatement et elle le posa sur la table, demandant du thé.

    « Athénaïs ? Nina ? Asseyez-vous, je vous en prie. Elvire, je crois que vous avez deux agents à aiguiller sur la piste d’une sale bête, n’est-ce pas ?
    — Oh. Oui, Professeur. Bonne journée à vous ! répondit timidement Elvire avant de s’enfuir par l’ascenseur.
    — Prendrez-vous du thé ou autre chose, mesdames ? Cette géode est une merveille, un cadeau d’Alithéia. Je sais qu’elle est reliée à une chose que je ne connais pas bien… Sirius, je crois ? Enfin, bref, il est obéissant et fait apparaître des choses simples et plus complexes. Donc, du thé ? Hé bien ? Êtes-vous mutiques ? rit-elle, un peu solitairement.
    — Darjeeling, Professeur, je vous remercie, répondit Nina.
    — De même, ajouta Athénaïs, conciliante.
    — Enfin, souligna la vieille dame. »

    Tandis que leurs tasses se remplissaient d’un liquide mordoré, Anthéa déclara à Nina :

    « Vous maîtrisez donc la foudre. Un talent fort intéressant… Ce sont les ouvrages d’Alithéia qui vous ont appris vos sorts ? Quelqu’un d’autre peut-être ? Ou bien fûtes-vous autodidacte, ma chère ? minauda-t-elle.
    — À vrai dire, initialement, j’ai appris la magie du magnétisme en autodidacte. Néanmoins, avant d’appartenir à Aeternitas, je n’avais jamais cherché à exploiter ce pouvoir. Depuis, j’ai fait en sorte d’apprendre, avec l’aide d’un mentor, la magie de l’électricité afin de pouvoir utiliser l’électromagnétisme.
    — Oh, fort bien. Vous ne vous reposez donc pas sur vos acquis. C’est excellent. Athénaïs, elle est jeune, elle est forte, elle est belle. Vraiment, c’est la patiente idéale ! Bravo, sourit-elle, de toutes ses dents.
    — Voyons madame, vous me flattez, balbutia Nina. Je ne suis pas si forte ou…
    — Blablabla. Jeune femme, vous apprendrez à aimer la flatterie quand vous saurez que vous la méritez. Regardez-moi, j’ai 80 ans passés, je plisse du visage même lorsque je souris de toutes mes forces, je ne suis pas mage. Vous avez tout l’inverse de moi. De mon point de vue, vous êtes forte, jeune et belle. Et zut. » conclut-elle, coquettement.

    Elle porta un oeil à sa montre, cachée élégamment sous son gant droit :

    « Espérons que nos agents ne traînent pas trop… J’ai grande hâte de t’observer à l’oeuvre avec ton équipe, ma petite Athénaïs !
    — J’ai également l’envie de me mettre à l’ouvrage. Mais ne brusquons pas Nina… Ce sera elle qui décidera du moment. Et de toutes façons, il nous faut, pour l’heure, attendre.
    — Le temps est une ressource bien trop précieuse pour moi… Je crois que je vais d’ores-et-déjà me rendre dans le bloc pour me préparer. Ça m’occupera.
    — Vous comptez participer, Professeur ?
    — Bien sûr que non. Je vais juste te regarder agir. Et te taper sur les doigts si tu agis mal. » chantonna-t-elle avant de repasser par la porte dérobée.

    Athénaïs pouffa seule, avant de regarder Nina et de lui demander :

    « Quelle impression t’a laissé la Professeur ? Elle est étonnante, non ?
    — Elle a préservé une certaine jeunesse dans son attitude, c’est assez… hum… apaisant, étonnamment ? Je me permets de rebondir sur ce que vous avez tenu à préciser : nous commencerons quand vous estimerez que tous les éléments seront réunis pour ce faire. Je suis déjà prête et plus tarder ne fera que m’imprégner de plus de crainte.
    — Apaisant… Peut-être. Je la trouve personnellement déroutante et magistrale en même temps. Une qualité qu’on peut cependant lui attribuer objectivement est qu’elle est brillante. Mais il faut lire ses travaux, et les voir, pour cela. En attendant que ce jour vienne, s’il arrive, que dirais-tu de rejoindre cette pauvre Elvire pour voir comment se passe la récupération de ta future foudre ? demanda poliment la médecin.
    — Vous offenserais-je si je refusais ? Je n’ai pas envie de considérer cela comme un spectacle, je pense… soupira Nina, plus sereine entre quatre murs qu’au milieu de Sin, inutilement positionnée dans le périmètre d’un combat explosif.
    — Nina, souffla Sirius dans sa tête, Elvire coordonne les agents depuis un poste de commande à l’intérieur de la forteresse. Si tu veux voir comment on tue une Reine Vouivre sans risquer de finir avec le poil roussi, jette-toi sur l’occasion !
    — Oh, fit la dame blonde, visiblement déçue. Hé bien, tu ne me vexes pas, mais plus qu’un spectacle, vois cela comme lier l’utile au nécessaire : les Reines Vouivres sont probablement les seuls animaux capables de mettre en danger nos défenses. L’électricité qu’elles émettent a une certaine tendance à perturber nos transmissions et nos systèmes de protection. Il nous faut donc en éliminer une ou deux par mois. Le cadavre de celle-ci trouvera donc une utilité. Maintenant, si c’est non, c’est non, pas de soucis, sourit-elle.
    — C’est non, répliqua poliment la brune.
    — Soit. Je ne te raccompagne pas à ta chambre, je dois me préparer aussi. Remonte à l’étage 0, et ensuite, Sirius devrait te guider. » fit-elle avec un clin d’oeil.


    * * *

    Le clapotis de l’eau frappait le sol de rouge. Claire à l’origine, elle glissait cuivrée sur la céramique immaculée.

    Suivant les consignes pré-opératoires, Nina prenait une douche désinfectante. Elle détestait l’odeur de ce produit mais passait outre, sachant que c’était nécessaire. Mais le pire était peut-être la tenue qui lui était imposée de porter après cela. Désagréable. Moche. Quelque peu ridicule. Sans oublier… Trop peu couvrante.

    Quand elle en sortit, Elvire était déjà dans la chambre, les yeux rivés sur sa tablette. Lorsque Nina se présenta, elle sourit, peut-être par politesse ou par amusement au vu de son malaise lorsqu’elle marchait dans cette tenue hospitalière. Les deux jeunes femmes se dirigèrent vers les couloirs sitôt après. Nina espérait de tout coeur qu’elles ne rencontreraient personne…

    Plus elles avançaient, plus l’odeur de désinfectant et d’une propreté extrême emplissaient leurs sinus. Impossible de se tromper sur la nature et l’intérêt des lieux. Elvire prit la parole tandis qu’elles continuaient leur chemin.

    « Au fait, si ça t’intéresse, les agents A-1 et A-2 ont parfaitement réussi leur mission. Ils sont en train de revenir avec le condensat de magie. Ils devraient être pile à l’heure pour l’opération. Millimétré. Grâce à qui, grâce à bibi. Parce qu’on le dit pas assez mais c’est moi qui fais tourner la boutique.
    — Et moi, grinça Sirius dans les pensées de Nina, faut pas déconner, sans moi, elle est aveugle la minus. Ça va toi ?
    — Très bien. Enfin je crois. J’ai le ventre serré mais c’est normal, donc oui, on peut dire que… ça va.
    — Bon… Enfin, pour ton ventre serré… Athénaïs a une solution radicale. Ah ! Attends, faut que j’ouvre le sas pour le duo avec ta magie. Ils sont sympas ces deux. Tu connais déjà A-2 d’ailleurs, il t’aime bien aussi. Et A-1, bah… C’était ma meilleure copine avant que je ne te connaisse. Non pas que je lui aie jamais beaucoup parlé, mais elle a une certaine propension à se mettre en danger mortel qui me rappelle quelqu’un… Huhuh.
    — Je ne saisis pas tes insinuations, Sirius, ironisa Nina.
    — Mais oui, c’est ça… »


    * * *

    Sirius parla d’un seul coup à voix haute dans les hauts-parleurs. Il grinça, scandalisé :

    « Agent A-1 ? Quelle est cette tenue ? Vous comptez pénétrer dans le périmètre stérile comme ça ? Vade retro !
    — Okay. Je m’en vais Sirius. Avec ce qui reste de la vouivre, cingla la femme » faisant effectivement demi-tour sans que Nina ni Elvire ne puissent avoir ne serait le temps que de discerner sa silhouette, tandis que l’agent A-2, alias Walter, lui, avançait d’un pas ferme et d’un sourire arrogant vers les deux brunes.

    Il s’arrêta à leur hauteur, ajusta le col de sa chemise et le revers de ses manches avant de prendre son air le plus hautain et de demander :

    « Alors les filles, je ne vous ai pas trop manqué ?
    — Ça m’étonnerait, triple idiot, vu ta capacité à pourrir mes missions. Sérieusement, je pouvais la gérer seule cette vouivre. Pourquoi tu m’as mis “ça” dans les pattes, Elvire... »

    Finalement, Sirius semblait avoir convaincu l’agent A-1 de revenir, avec sa cargaison, composée d’un concentré de magie de foudre et d’un agent A-2 qu’elle éloigna d’Elvire et Nina d’un violent coup de pied retourné, dont le talon, attrapant la nuque de l’homme, amena celle-ci promptement mais peu proprement vers le sol.

    « T’as compris pourquoi je l’adore ? exulta Sirius dans la tête de Nina.
    — Moui. Peut mieux faire. »

    Elvire eut un mouvement de recul lorsque Walter s’effondra à ses pieds en essayant de se rattraper à son tailleur… Elle regarda l’agent de pied-en-cap :

    « Désolée… Il fallait que je m’en débarrasse, au moins temporairement. Chasser la vouivre me paraissait une bonne idée… Bref, éluda-t-elle, Nina, je te présente la seconde du Docteur Athénaïs et la meilleure membre de l’unité Apocryphe, l’agent A-1, alias Lyssa Thornveil.
    — Enchantée, fit la femme au collant moulant mourant et à la blouse recouverte de sang. Je vous retrouve au bloc mais là, il faut que j’aille me nettoyer et mettre cet idiot dans un placard à balais, sinon Sirius serait capable de m’assassiner au moment où je passerais le mot “stérile” dans le couloir. »

    Elle rangea son pistolet dans sa blouse, attrapa Walter par le col et le traîna à même le parterre dans la direction opposée à celle où Elvire et Nina se dirigeaient.

    « Elle a raison, je l’aurais pulvérisée. Faut pas bactérifier ma Nina. Même quand on s’appelle Lyssa. Même Tocard a pas le droit de la bactérifier. Non mais, grommela-t-il.
    — Huhu ! Tu es un amour Sirius… quand tu veux.
    — Quand je veux. » soupira-t-il, angéliquement.


    * * *

    Allongée.

    Tout s’accéléra. Nina fut placée sur un brancard, aiguille dans le bras pour les injections. Le sol était lisse, elle le ressentait sous les roues. D’ailleurs, elle ressentait beaucoup de choses… Notamment dans son ventre.

    Puis on la fit s’allonger une nouvelle fois, ailleurs, sur une table très inconfortable. Un liquide glaça son bras. Elle se sentit si bien l’espace d’une seconde...

    « Bonne nuit ! chanta le Docteur.
    — Comment ça bo-... »


    * * *

    Le Docteur Yalow, masque sur le visage, charlotte sur le crâne et surchaussures aux pieds, retira son aiguille du cathéter via lequel elle injectait l’anesthésiant et jeta un rapide coup d’oeil aux constantes de Nina. Parfaitement stables. Un rythme cardiaque d’élite en sus. Dans la salle, toute l’équipe, entièrement féminine, était d’un calme olympien.

    « Bien. Lyssa, l’anesthésie est faite, commence à préparer la lacryma. Elvire, le matériel est prêt pour les incisions ?
    — Oui Docteur, affirma la plus petite des deux assistantes.
    — Parfait. Professeur, voulez-vous donner le premier coup de scalpel ?
    — Tu as bien plus fait avancer que moi ces travaux Athénaïs, ce serait outrancier de ma part, nuança la plus âgée de ces dames.
    — Soit. Il est 13 heures 37, j’incise. »

    Et elle incisa, d’un geste assuré, répété et répété des millions de fois, sur des modèles ou de vrais corps. Le scalpel, si aiguisé, si fin, descendit sans rencontrer la moindre difficulté depuis le processus xiphoïde de Nina jusqu’à sa symphyse pubienne, ouvrant donc toute la peau de son abdomen.

    Le Docteur Yalow répéta le processus afin d’ouvrir non seulement la peau, mais aussi les fascias et les muscles qui gênaient son accès au sac péritonéal. Une fois à ce niveau, elle demanda :

    « Curarisant. 12 microgrammes.
    — Fait, répondit Elvire.
    — Assistance cardio-respiratoire.
    — Activée. »

    Le produit ralentit la respiration et les battements de coeurs de Nina a un seuil critique, permettant l’arrêt des mouvements du tronc de celle-ci. La machine médicale prit le relais, continuant d’oxygéner Nina et de faire circuler son sang, tandis qu’Athénaïs était libre de poursuivre sans risques.

    Elle ouvrit donc le péritoine, libérant l’accès aux intestins. Des gouttelettes de sang perlèrent, çà et là, du fin tissu.

    « Cautérisation. »

    Elvire s’approcha avec un bistouri, appareil électrique dont la fine pointe, chauffée par une lacryma électrique, colmata immédiatement l’issue des vaisseaux ouverts.

    Lyssa épongeait à intervalles réguliers le front de la maître d’oeuvre, afin de lui assurer une vue optimale.

    « Loupes. »

    La Professeur elle-même attrapa le dispositif, car elle en était la plus proche, et le fit coulisser jusqu’à Athénaïs, qui l’ajusta en direction du diaphragme de Nina. Celui-ci ne pulsait plus grâce au curare.

    « La partie délicate… souffla-t-elle. Micro-scalpel.
    — Installé. »

    Juste à côté de l’aorte de la mage, elle incisa le diaphragme circulairement d’un nouvel orifice, gros d’à peine un dixième de millimètre.

    « Passage vers le tissu magique principal effectué. C’est maintenant que la science va ou ne va pas progresser.
    — Assez de pessimisme, tança Anthéa, Lyssa, amène le système.
    — Le voici. »

    La lacryma du projet Lacrimosa : le cristal qui la composait était d’une pureté incroyable, cent fois améliorée par Onychina qui en avait éliminé la moindre imperfection. Chaque câble organo-magique avait été cultivé avec soin dans les laboratoires du Chrysokrone. La moindre cellule défectueuse en avait été éliminée manu militari. Et enfin, le condensat de magie avait été extrait avec un dispositif portatif unique en son genre, très proche du fonctionnement de l’Argykosmos mais beaucoup plus maniable quoiqu’un peu moins vaste d’utilisation. En résumé, il s’agissait là d’implanter le futur.

    Athénaïs déposa délicatement la lacryma proprement dite au coeur des viscères de Nina puis commença, minutes après minutes, avec précision et talent, à rattacher chaque câble aux méridiens magiques de Nina. Avant quoi elle demanda :

    « Solution anti-æthernanique. 3 picogrammes.
    — Injectée.
    — Nous avons donc deux heures avant que sa magie ne se relance. Deux heures pour tout connecter et espérer. »

    Ainsi donc, elle fit son oeuvre. Le temps s’écoulait implacablement mais il ne semblait aucunement inquiéter les quatre praticiennes.

    À deux reprises, Anthéa, même sans loupes chirurgicales, aida Athénaïs à mieux positionner un futur méridien avec une précision quasi-atomique. Restait le dernier. Le câble principal, très fin, comme les autres, mais d’un diamètre dix fois supérieur en comparaison.

    « Le moment de vérité... » chuchotta la chirurgienne, tout en faisant passer délicatement le tuyau au travers du diaphragme de Nina, tandis qu’elle incitait le tissu magique principal à se lier à lui grâce sa magie si particulière qu’était Corpus.

    Un succès. Enfin, elle put respirer. Le système Lacrimosa était installé. Elle releva les loupes tandis que Lyssa prit sa place devant Nina et qu’elle se reculait pour respirer.

    « Docteur Yalow, pensez-vous que je puisse recoudre ? demanda “A-1”
    — Bien sûr. Mais seulement le péritoine pour le moment, il nous faut vérifier que lorsque la magie de Nina se réveillera, de même que son coeur et ses poumons, tout circulera pour le mieux.
    — Bien. »

    Lyssa s’exécuta, prit le matériel de suture que lui tendit Elvire et se mit au travail. Puis, quatre badaudes se rassemblèrent autour de Nina, attendant de voir la mise en marche du système.

    Au bout d’une demi-heure, temps qu’il fallut au curare et à la solution anti-æthernanique pour être métabolisés, le corps de Nina se réveilla, bien que celle-ci restât inconsciente, et Lacrimosa se mit à pulser doucement…

    « Regardez ! lança Anthéa, les yeux brillants d’une nouvelle jeunesse.
    — C’est magnifique, dit Elvire.
    — De la belle ouvrage, ajouta Lyssa. »

    Cependant, Athénaïs restait silencieuse et observait… Avait-elle vu un détail que même Anthéa n’avait décelé ?

    « Ça ne va pas, Athénaïs ? demanda la plus âgée.
    — Si… Enfin, je crois… Quelque chose me chiffonne... Regarde Anthéa. On dirait que la magie s’écoule depuis la lacryma vers les câbles…
    — Ce qui est normal.
    — Mais pas dans le câble principal.
    — Pardon ? toussa-t-elle, attrapant l’appareil à loupes. »

    Et ce qu’elle constata l’horrifia : au lieu de circuler depuis la Lacryma vers le tissu magique principal de Nina, celle-ci était drainée par une autre force qui lui faisait également drainer l’énergie magique depuis sa source première ! En d’autres termes, Nina était en train de diffuser son plein potentiel magique à travers tout son corps.

    « Non… C’est… Athénaïs. Nous avons omis une possibilité…
    — Nina a éveillé sa Seconde Origine dans le stress de l’opération, comprit la blonde.
    — Et celle-ci cherche à la défendre de l’intrusion, conclut l’aînée. »

    Lyssa et Elvire se regardèrent d’un air médusé…

    « Docteur ? Professeur ? demanda Elvire, qu’est-ce qu’on peut faire ?
    — Foutez le camp, asséna Athénaïs.
    — Pardon ?
    — Elvire. Foutez le camp. Et vous aussi Lyssa. Même vous Professeur. Aucune d’entre vous n’a la capacité de gérer le déferlement magique d’un mage qui n’en est pas conscient. Vous seriez vaporisées. DÉGAGEZ !!! hurla-t-elle, excédée. »

    Les trois femmes s’exécutèrent au pas de charge, tandis qu’Athénaïs, renonçant à la prudence chirurgicale, mit en oeuvre sa magie en se cassant elle-même les trois derniers doigts de sa main droite.

    « Corpus… Je te l’ordonne, arrête la magie dans ce corps. Fais-lui rebrousser chemin. Ramène-là aux origines. Corpus… Je te l’ordonne, fais cesser toute défense magique dans ce corps. Laisse-les inertes. »

    La pulsation de Lacrimosa sembla s’arrêter… La tension æthernanique dans l’air retomba… Cependant, une lueur plus vive encore traversa les méridiens naturels de Nina, sublimant instantanément les câbles magiques et le verre de la Lacryma, les intégrant définitivement au corps de la mage et chauffant à blanc la peau de Nina de marques rougeoyantes.

    Athénaïs ne céda pas à la panique et utilisa l’énergie de son troisième doigt mutilé pour obliger Corpus à fermer les incisions de Nina. Cependant, malgré une “agression” interrompue, le corps de la mage aux cheveux bruns ne semblait pas vouloir cesser de se défendre. Les instruments chirurgicaux s’élevèrent dans la pièce et se mirent à voler en tous sens comme autant de projectiles mortels, se fichant dans les murs pour aussitôt en ressortir et repartir dans l’autre sens.

    La Triumvir fut obligée de se jeter au sol par prudence, non pas qu’une coupure l’inquiétât, mais plutôt l’énergie électrique que dégageait chaque lame.

    « Seconde Origine… Merci de nous compliquer la vie, saloperie… Nina voulait gagner en puissance, hé bien c’est chose faite. » fit-elle, cynique, avant de se saisir un stylo en plastique qui avait résisté à la tempête magnétique et de le planter violemment dans son mollet et de le faire coulisser jusqu’à sa cheville, provoquant un énorme déferlement d’énergie dans la pièce, simultané à son hurlement.

    « CORPUS ! Je te l’ordonne… Fais cesser… Le coma de ce corps ! Rends-lui sa conscience ! Arrête cette tempête ! Et néantise la défense de sa Seconde Origine ! »

    Corpus agit, Athénaïs hurla plus fort encore, tandis que les scalpels et autres aiguilles s’agitèrent de plus belles une dernière fois dans un vrombissement assourdissant avant qu’une brutale lumière blanche prenne corps dans l’esprit de Nina, la ramenant subitement à la réalité et la clouant sur la table d’opération, consciente mais totalement vidée de son énergie que Corpus avait dispersée au loin pour l’empêcher de nuire.

    Sirius fit sonner les alertes de la forteresse pour que l’on se porte au secours des deux femmes.


    * * *

    « AAH ! »

    Le cri de la jeune femme fut suivi par des halètements sonores et saccadés. À peine se fut-elle relevée de quelques centimètres, à peine la gravité lui imposa sa force et la plaqua de nouveau à la table d’opération. La douleur, également.

    Quand Nina se rendit compte de la situation dans laquelle elle se trouvait, elle se mit à paniquer. Une minute suffit à faire accourir les renforts qui clouèrent Nina par les bras pour contenir son affolement, accentué par l’état du Docteur Yalow à ses côtés. Sirius lui-même s’immisça dans l’esprit de Nina pour tenter de la calmer. Visiblement, cela fonctionna, car la brunette devint plus docile, malgré les larmes mouillant son visage. Elle ne comprenait rien à ce qu’il se passait. Elle se sentait juste apeurée et… fatiguée. Très lourde, pesante.

    Un brancard nouveau la ramena à sa chambre hâtivement. Quelques appareils furent liés à elle via des électrodes pour la surveiller et, très vite, il ne resta plus personne dans la pièce. Le Docteur Yalow était en soins à son tour, et les assistantes parlaient aux abords de la porte, un peu plus loin dans le couloir, à voix si haute qu’il n’était pas nécessaire de tendre l’oreille pour discerner leurs propos.

    Lacrimosa n’avait pas fonctionné comme prévu.


    * * *

    « C’est bon Walter, je ne suis pas en sucre ! Tu vois bien que je suis rétablie ! J’ai pris ma potion de stimulation express. Je suis en pleine forme. Tu peux disposer !
    — Bon. Mais Madame, ménagez-vous.
    — C’est ça, on lui priera. »

    De toute évidence, quatre heures de repos et une composition de son crû avaient suffi à Athénaïs pour retrouver la pleine possession de ses moyens. Son humeur était par contre aux antipodes de son calme et de sa sérénité habituelle.

    « Lyssa, Elvire. Dans mon bureau. Maintenant. Anthéa y est déjà.
    — Chef ! Oui, chef ! » répondirent les deux femmes avant de lui emboîter le pas… de charge.

    Sur le chemin, elle croisa un autre agent de communication de la forteresse et lui remit les instructions nécessaires à l’émission d’un Code Rouge directement destiné à Era, pour Alithéia. Celui-ci s’en alla, visiblement terrifié par l’importance de sa mission, le regard dans le flou, ce qui exaspéra d’autant plus la chirurgienne qui vitupérait à loisir :

    « Comment… Comment ?! Comment avons-nous pu être suffisamment débiles pour ne pas envisager cette possibilité dès le début ! Oh mais je sais pourquoi ! Parce qu’on travaille pour les humains normaux mais qu’on a besoin de mages comme cobayes et donc, paf, on en oublie notre propre anatomie ! Mais bien sûr ! Et on fait des catastrophes. Comment va-t-elle ?
    — Ses constantes sont à peu près stabilisées, grâce à votre mag-
    — Mais ? coupa-t-elle.
    — Mais elle a un corps dans un état déplorable pour l’heure, sui-
    — Suite à sa communion beaucoup trop prononcée avec Corpus. Je sais. En fait… Foutez-moi le camp toutes les deux, je vais parler seule à Anthéa, elle vous fera le rapport. Allez surveiller Nina et revenez au pas de course s’il y a un problème. Exécution ! »

    Lyssa et Elvire s’arrêtèrent et rebroussèrent chemin tandis qu’Athénaïs avançait vers l’ascenseur, sa blouse claquant l’air sur son passage.

    « Elle est pas commode la patronne en colère… paniqua Elvire.
    — Tu ne l’as jamais vue sur le terrain ? soupira Lyssa.
    — Non.
    — Bon. Ben là, elle est plutôt calme. Attends de la voir s’amputer d’un membre pour juger de sa férocité.
    — Hein ?! Elle l’a déjà fait ? s’horrifia la plus timide.
    — Hm… Avec moi et Walter, une seule fois. Mais les dossiers connus mentionnent trois fois ce genre d’incident.
    — Oh seigneur... Mais, je veux dire… Comment elle fait pour avoir encore deux bras et deux jambes alors ?
    — Aaaaah, les potions… Mais celles qui lui permettent de faire carrément repousser ses membres ont des effets secondaires… étonnants et détonnants. Donc elle évite de recourir à ce genre de pratique. » fit l’agent A-1 en agitant la main devant son visage avec une moue de dégoût…

    En chemin, elles tombèrent sur Walter :

    « Comment elle va, la petite souris ? sur un ton étonnamment posé.
    — T’as qu’à venir, lança Lyssa, Athénaïs nous envoie à son chevet. De toutes façons, t’as rien de mieux à faire je parie.
    — Bon, ben je viens… Tu sais que tu peux être blessante parfois, Lyssa ?
    — Ce n’est pas pour rien que j’en ai fait mon métier. » rétorqua-t-elle, réajustant ses lunettes.

    Approximativement deux heures plus tard, Lyssa et Elvire ayant administré diverses potions à Nina afin de lui permettre une meilleure récupération, des pas secs et vifs résonnèrent dans le couloir. Athénaïs semblait avoir fini de faire le bilan de l’opération avec Anthéa, et avait l’air un peu plus détendue. Néanmoins, à son approche, par réflexe de prudence, les deux plus jeunes s’écartèrent de l’encadrement de la porte et, sans mot ni regard, la Triumvir pénétra dans l’enceinte médicalisée.

    Là, Nina était étendue dans son lit, bardée de capteurs et semblait avoir repris conscience et vigueur, bien qu’elle fût encore très pâle. Gentiment, presque maternelle, Athénaïs s’approcha du lit de Nina et, prenant sa main entre ses doigts fins, lui demanda :

    « Comment te sens-tu ?
    — Faible. J’ai l’impression que garder les yeux ouverts est un effort considérable. Mais outre cela et le fait de me sentir différente, je pense aller… bien, répondit Nina d’une voix basse et monocorde.
    — Je vois… Je ne sais pas si ça t’apportera quelque chose, mais je tenais… »

    Elle s’interrompit avant de soupirer et de reprendre :

    « À te demander pardon… Ton corps a sur-réagi à l’opération et j’ai été obligée d’utiliser ma magie pour le vider de son énergie, ou tu aurais certainement fait sauter le bloc… posa-t-elle, sinistrement. Il est normal que tu te sentes différente… En soi, l’opération n’est pas un échec : ton corps a assimilé l’énergie de Lacrimosa et a gagné en puissance car le stress généré par l’opération a ouvert ta Seconde Origine. Cependant… cette nouvelle source de magie s’est défendue et a vaporisé le système plutôt brutalement. Tu risques donc d’avoir du mal à manier la magie avec précision pendant plusieurs mois. Il va te falloir t’entraîner pour gérer ta nouvelle puissance.
    — Plusieurs mois ? s’horrifia Nina. »

    Athénaïs précisa son propos immédiatement :

    « Avant de ne serait-ce que produire une étincelle, il va déjà te falloir du repos. Dix jours. Cinq au minimum alitée. Je ne transigerai pas là-dessus, il y a eu assez d’erreurs comme cela. Ensuite, tu pourras utiliser les sorts que tu veux quand tu le veux, mais je vais te demander deux choses : n’emploie pas de magie trop complexe qui demanderait des débits magiques extrêmement précis dans les semaines à venir, tu risquerais de blesser tes alliés voire de te blesser toi-même ; et il va te falloir maîtriser tes émotions, ajouta-t-elle. Les méridiens magiques sont sensibles aux sentiments et aux émotions de leur propriétaire. Les tiens sont sensibilisés pour l’heure, si tu venais à te mettre en colère ou même à être vexée, tu pourrais lancer un sort sans l’avoir voulu… Je suis vraiment désolée de devoir te faire traverser cela… Ça n’aurait pas dû se passer ainsi… » se morfondit-elle tandis que Lyssa et Elvire hésitaient à rentrer dans la chambre pour rejoindre leur patronne alors qu’une larme perlait au coin de son oeil gauche et tombait sur le sol avec un “plic” pesant.


    * * *

    Les mots du Docteur, ses excuses, n’otèrent pas l’amertume de Nina. Pas tant envers l’équipe médicale qu’envers son propre organisme. Mais quelque part, si elle ne pouvait pas en vouloir au Docteur Yalow car, mine de rien, elle s’en tirait sans séquelle irréversible, la jeune femme regrettait un peu d’avoir été le patient zéro.

    Mais pourquoi donc, finalement ? Elle y réfléchit tandis que le Docteur lui expliquait les aboutissants de ce semi-échec. Elle perdait encore du temps. Alors qu’elle s’était trouvée ici pour sortir en vie des donjons du Hvergelmir, la voilà plus puissante et très affaiblie à la fois. Elle soupira. Ç’aurait pu être n’importe quoi d’autre.

    Par contre, elle se reprocha son bougonnement en voyant Athénaïs Yalow verser une larme.

    « Ne pleurez pas, enfin, Docteur ! demanda-t-elle, prise de court. Je suis en parfait état, ce n’est qu’une phase. Une semaine, ou un peu plus, ce n’est pas si considérable et cela grâce à vos produits. (Elle chercha ses mots, tentant d’être réconfortante.) Hum… Et puis ce n’est qu’une erreur, dans le sens où maintenant, vous savez que l’organisme d’un mage est réfractaire à cette technologie. En revanche, un humain ne possédant pas cette… Seconde Origine ? devrait mieux réagir. J’imagine. Enfin, c’est encourageant. »


    * * *

    Le Docteur Yalow sourit doucement…

    « Tu es gentille, Nina… C’est vrai que ce n’est “qu’une erreur”... Mais une erreur pour laquelle on m’avait confié un budget illimité… Que j’ai cru exploiter à sa juste valeur. Tu étais vraiment la mage parfaite pour ce plan : ni trop ni pas assez puissante… Or, nos financiers risquent de mal prendre cette erreur alors que tu étais censée être si parfaite… Je crains que le projet Lacrimosa ne doive être abandonné…
    — Vous plaisantez ?
    — J’aimerais…
    — J’admets. J’admets – et tant pis pour l’édulcoration de mes pensées, je ne suis pas douée pour cela – que cette erreur puisse être grave pour ceux qui investissent de grandes sommes dans ce projet. Mais ce n’est pas une raison pour abandonner, enfin ! s’énerva Nina avec un calme induit par la faiblesse de son corps, malgré sa voix plus détonnante que d’ordinaire. Je ne suis plus habituée à côtoyer de grandes sommes, comme dans ma prime adolescence, mais j’ai été accoutumée aux économies, car fut un temps où je ne pouvais pas jeter l’argent par les fenêtres. Ce projet est d’une ampleur telle qu’abandonner là ferait perdre bien plus d’argent aux mécènes qu’une nouvelle tentative sur, cette fois, un véritable humain. Et pas seulement de l’argent. Tout le temps et les efforts que vous et vos collègues avaient donnés à ce projet. C’est tout un pan d’avenir qui est en jeu et qui ne doit pas reposer sur une erreur qui n’a, par ailleurs, coûté la vie à personne.
    — C’est exact, posa strictement une voix familière à son entrée dans la pièce. Et c’est pourquoi j’ai déjà discuté de l’ensemble de la chose avec les principaux financiers de Lacrimosa. Le projet ne sera pas abandonné. »

    Athénaïs se retourna brusquement et se leva dans le même mouvement, prenant presque dans ses bras Alithéia qui venait donc d’arriver. La leader du Chrysokrone recula d’un pas, gênée…

    « Athénaïs… Cependant… J’ai été obligée de faire des concessions. Nous pouvons continuer le développement du système, néanmoins… La plupart de nos donateurs étant des humains normaux, ils craignent pour leur sécurité s’ils se font opérer et refusent donc que tu restes en charge des expérimentations. »

    La nouvelle fit tomber les bras d’Athénaïs le long de son corps et souleva un tollé désapprobateur du côté de Lyssa et Elvire :

    « Mais c’est absolument insensé ! Il n’y a pas de meilleure chirurgien au Chrysokrone que le Docteur Yalow ! Ce serait encore plus risqué que de ne pas la laisser opérer ! tempêta Elvire.
    — Et qui ces brillants abrutis veulent-ils mettre pour la remplacer ? Le Professeur Thornveil ? Ma grand-mère n’est certainement pas capable d’assurer une opération à son âge !
    — Non Lyssa. Pas votre grand-mère. Vous.
    — Plaît-il ?
    — Cela fait maintenant six ans que vous suivez quotidiennement Athénaïs. Il n’y a pas meilleure candidate que vous pour prendre la relève.
    — Il ne devrait pas y avoir de relève du tout ! pesta l’agent.
    — Je suis entièrement d’accord avec vous, c’est pourquoi, que nos financiers le veuillent ou non, même si vous prenez la tête du projet, chose que j’ai exigé plutôt que perdre du temps à leur exposer divers profils, Athénaïs continuera à en faire partie. Disons juste qu’elle vous secondera plutôt que l’inverse… »

    Alithéia se tourna vers la femme aux cheveux blonds, qui semblait encaisser la nouvelle de sa révocation avec un flegme étonnant.

    « Je suis vraiment déso-
    — Ne t’encombre pas de phrases inutiles, ma Dame, l’interrompit-elle. Je sais parfaitement que tu passes tes journées à jouer avec le feu et à ménager la chèvre, le chou et le Diable. Si c’est ainsi que nos “généreux donateurs” veulent que le progrès s’orchestre, alors soit. Lyssa. Je te conseillerai de mon mieux. Et puis, ne plus être la responsable de ce joyeux merdier me donnera du temps à consacrer à des préoccupations plus terre à terre. Cela fait longtemps que je n’ai pas été sur un vrai champ de bataille peuplé d’autres choses que de griffes et de crocs...  
    — J’ai pitié pour le futur champ de bataille, s’amusa la femme à la robe blanche
    — Oh tu peux. Il me faudra réellement passer mes nerfs sur quelque chose, mais d’abord, je vais m’assurer que la jeune personne ici présente soit prête à repartir accomplir ses missions dans les plus brefs délais. » affirma-t-elle, déterminée.

    Ainsi donc, Athénaïs raccompagna la Présidente du Chrysokrone vers la sortie de la forteresse, depuis laquelle Sirius la téléporta on ne sait où, avant de retourner conduire Lyssa vers son nouveau bureau, de demander à Elvire de l’assister de son mieux et d’intimer à Walter, qui était resté muré dans le silence depuis qu’il était venu à côté de la chambre de Nina, de ne pas faire trop de vagues, car il lui aurait été douloureux de revenir à la forteresse pour lui arracher la tête, littéralement.

    Après quoi, Athénaïs pris divers flacons dans ses réserves et demanda à Sirius de les ramener elle et Nina à Æternitas avec leurs effets personnels, afin qu’elle puisse s’occuper elle-même de la prise en charge de la mage, assistée de Shirona.
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